Graphic Orchestra // New Orleans

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Avant-propos

 

Ces 3 bâtiments, choisis en collaboration avec les artistes locaux, sont emblématiques de l’histoire et/ou marquent le présent de La Nouvelle-Orléans. Pour cet angle, nous avons choisi trois formes urbaines datant des 19 et 20ème siècles: « Odd Fellows and Masonic Hall », Epiphany Catholic Church, et ExhibitBE.
Le premier, depuis peu classé Monument Historique, est une ancienne salle de bal où de grands noms du jazz jouaient très souvent. L’église, qui a souffert du passage de l’Ouragan Katrina en 2005, va devenir un lieu d’entraide pour la communauté Afro Américaine. Enfin, l’immeuble de logements sociaux sur 5 étages, également touché par Katrina, est devenu une toile ouverte pour des graffeurs.
Ces bâtiments qui n’ont pas été restaurés, ni réhabilités, se sont transformés, le temps d’un soir de novembre 2015, en scène pour recevoir une création d’art numérique grâce notamment à l’utilisation de notre logiciel d’écriture numérique et sonore, Graphic Orchestra.
Merci à tous ceux qui nous ont aidés et merci aux artistes qui se sont prêtés à ce jeu d’interprétation de l’espace.

 

 

Comme font les nuages par Kataalyst Alcindor.
 
J’ai 28 ans
Toujours en quête de magie.
Plus je prends de l’âge plus j’oublie les contours du visage de Dieu.
Et parfois j’oublie qui je suis
Et qui j’étais
Et j’essaie toujours.
Mais pour une raison que j’ignore l’odeur du linge propre plié à la main me ramènent toujours à la maison.
Cela me fait penser à ma grand-mère
Je ne connais presque rien d’elle
Notre histoire ne nous l’a pas permis
Mais je me souviens que son sourire aurait pu faire tourner ce monde
Si la gravité avait décidé de se faire porter malade
On m’a dit que c’était une grande femme.
Jusqu’à ce que le diabète la rende plus petite que mois à l’âge de 9 ans.
 
Jusqu’à l’école primaire je savais quel goût avait la réalité.
C’est le petit fils.
Le genou gonflé comme une balle de baseball.
C’est cette douleur fantôme qui taraude les tibias
Avant de mourir elle m’a dit
« Mon chéri parfois je peux encore sentir mes orteils ».
Elle m’a dit de surveiller le sens du vent.
J’y pense encore aujourd’hui et je peux encore sentir son odeur sur ma chemise.
Qu’importe le nombre de fois où je la lave.
 
Pas plus tard qu’hier
J’ai eu une discussion avec Dieu à propos des nuages.
Je lui ai demandé comment ils bougeaient.
Bizarrement cela sonnait un peu comme ma grand-mère quand elle disait,
« Chéri, les âmes emportent les nuages j’aimerais juste les suivre »
Cela ressemble beaucoup à l’amour.
J’ai parlé à Dieu de la dernière fois que j’ai vu l’amour
Elle m’a dit de sourire comme si c’était la première fois.
Tout ce que je voulais c’était une étreinte.
Juste un autre baiser sur le front.
Quelque chose pour réparer mon enfance brisée laissée éparpillée sur un terrain de baseball
Là où l’amour se montre rarement.
Et ce sont des jours comme ceux-là, Dieu,
Où je me demande si vos anges n’attrapent pas de crampes aux ailes
A essayer d’arrêter les poètes comme moi
En enfonçant des clous dans leurs poignets pour qu’ils soient raccords avec leurs mots.
Et je sais,
Que depuis l’ancien testament vous êtes fatigué de parler en langues
Alors vous parlez la langue des signes.
J’étais en colère contre Dieu et je lui ai demandé
« Etes-vous toujours aussi arrogant ? »
Elle m’a souri et dit,
« Fils, as-tu jamais vu le soleil ? »
Me chuchotant quelque chose comme,
« Tu sais, tu n’es pas seul.
Il y a un grain de sable quelque part avec ton nom dessus »
Quand elle a dit ça tout ce que j’ai pu répondre fut
« J’espère que vous avez dit à ce grain de sable la même chose de moi »
Et Dieu à dit, « l’amour est comme le sel, personne ne sait vraiment quel quantité il faut utiliser.
Même après qu’il se soit dissout tu peux encore en sentir le goût »
Et je prie pour qu’il ait toujours du goût
après avoir laissé un mot de remerciement à l’amour au dos de mon paquet de cigarette.
Et il y encore des nuits où j’aimerais juste que l’amour me rappelle.
Après qu’elle m’ait dit que cette magie n’existe pas mon chéri mais je pourrais te faire sentir comme si c’était le cas.
Et je pourrais chasser la douleur comme un pigeon éclaboussé de pluie.
Comme si nous bouchions des trous dans le ciel
à créer de grandes lignes d’étoiles comme si je restais jusqu’au matin sans que tu ai à demander.
Et si tu écoutes je t’apprendrais à réaligner tes Chakra cryptiques
autour de la tige d’un pissenlit
Laisse aller les souffles éperdus et le temps perdu
Parce que le plus que tu puisse porter
Fait mal
Et j’ai demandé à Dieu,
« Comment vient-on à bout de la douleur ? »
Et Dieu répondit
« Fait comme les nuages, pleure et continue d’avancer »
 
 
Les portes du Labeur par Kataalyst Alcindor.
 
 
Je suis
A cause d’eux
Qui sont venues
avant moi
 
Ceux qui
N’ont pas pu longtemps
Faire les clowns à la Stepin Fetchit (1)
pour de la petite monnaie
 
ou
 
donner des spectacles black face (2)
pour la fausse promesse
qu’ils pourront enfin
entrer par la porte de devant
 
qui furent témoins
de cette succession de chances
et de développement
cette double conscience
 
cette dissidence cognitive
 
d’être un Africain
en Amérique
comme un grain de sable
coincé dans la gorge
incrusté
au point
de devenir une perle
de la taille
d’un rêve
 
le rêve
d’avoir
sa propre âme
 
un rêve pour de vrai   pas pour devenir vrai
 
pour ma part j’ai souvent donné là-dedans bien gentiment
« douce nuit » bien trop souvent
et j’ai été réveillé
par la main
qui faisait claquer     le fouet
 
j’ai respiré dans
la poussière
de ceux plus puissants et rapide
 
qui m’ont donné la force
quand il n’y en avait pas
 
quand j’étais jeune
il m’ont nourri
d’archétypes
à la petite cuillère
trop amers
pour y croire
j’avais besoin
de vérité
dans le jardin de Babylon
Et j’ai trouvé de la substance
Dans  le réconfort
De ma propre histoire
 
J’ai appris
que mon histoire
venait de ceux
qui avaient survécus
aux bateaux
 
Pour écrire des histoires
Des ghettos
du Désir
 
qui attendaient
Godot
 
Qui pensaient au suicide
en chantant
dans les champs de coton
 
Ils savent
comment ce monde
me préfèrera toujours
ancré dans
ma négritude
 
ce monde
ne peut pas
comprendre
que je n’ai jamais
cessé d’être
le sable
d’Egypte
 
Le sang de Ferguson
 
Un éclat de bus Greyhound
brulant pour la liberté
 
Les discours
De Stokley
Et Martin
Et Malcolm
et Garvey
 
mélangé au canon encore fumant du
fusil d’Harriet (3)
 
pour ceux trop nombreux
qui ont tourné leurs vestes
et ont été victimes
de penser
que ce qui était bon
pour nos oppresseurs
était bon pour nous
 
et nous
ne pouvons faire ça
 
nous
ne nous pouvons pas
croire et propager
le vieux mensonges blancs
avec nos bouches noirs
 
nos royales
bouches noires
de meneurs de tribus
 
nos peaux
toujours tellement tendances
melaninées
banalisées
 
nos sacrements les plus sacrés
nos kit de survie
fais d’os
de cerveau
de cœur
de langue
 
Il n’y a rien
Dont nous n’ayons vraiment besoin
que le souvenir de nous
 
de ceux
qui nous ont enseigné
comment habituer
nos estomacs
au Gumbo
 
frapper
à la porte
de l’oppression
avec un stylo dans une main
et une machette
dans l’autre
 
ne pas laisser
leurs morts être vaines
 
quand le monde
te supplie
d’oublier ton passé
au prix de ton futur
 
quand vous regardez directement
les marques de flétrissures du fouet
laissez votre rythme cardiaque
pomper le rythme du plus jamais
plus jamais
 
n’oublie pas
le soleil sur ta peau
 
les coupures sur tes orteils
 
la clé
de ton cœur
passe
les générations
 
connu bien avant
les temples du savoir
qui toujours secouent les portes du labeur
 
et nous
avons été
mes monuments vivants
de la persévérance
 
depuis que
ces trafiquants
de code sudistes
ont inversé
les coordonnés stellaires
pour les transformer en chansons
imbibées
 
nous
sommes grâce à ceux
qui sont venues avant nous
 
qui se sont retournés
ont pioché les enseignements
des maitres professeurs
dans les poches
de la galaxie
 
fredonnant des chansons de guérison
pour la vague
du futur
pour vous
qui étes la vague
du futur
 
ne les entendez-vous pas ?
êtes-vous toujours endormi ?
 
vous rois de Nefertiti
vous reines de L’Ouverture (4)
 
êtes-vous toujours endormi ?
 
 
(1) Stepin Fetchit : nom de scène de Lincoln Theodore Monroe Andrew Perry, humoriste et acteur de cinéma américain né le 30 mai 1902, dont le personnage « Stepin Fetchit » a été l’objet de controverses du au stéréotype négatif de l’afro-américains qu’il incarnait.
(2) Black Face : spectacle humiliant ou moqueur dans lequel des blancs grimés en noirs incarnaient les gens de couleurs, imitant leur accent, leur manières et – souvent – jouant leur musique.
(3) Harriet Tubman, ancienne esclave, militante en faveur de l’abolition de l’esclavage afro-américain, née en 1820
(4) référence à Toussaint L’Ouverture,( François-Dominique Toussaint Louverture) qui         a mené la révolte des esclaves en Haïti de 1791 à 1794, et qui est mort en captivité le 7 avril 1803 à La Cluse-et-Mijoux dans le Doubs.