Confluence – Lyon

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Distribution :

 

Nicolas Ticot - Direction/ mapping

 

Fabien Didelot

- Réalisation

 

Guillaume Ducreux - Photographie

 

Mehdi Krùger

- Texte

 

Kevin Jacob - BMX Flat

 

Jean-Camille Goimard

Chorégraphie

 

Thomas Regnier - Danse

 

Julien Oresta

Musique

 

Ecole Factory

-

Prise de vue : Guillaume Mattana / Paul Bonnet / Matthieu Mompiou
Machinerie : Samuel Androuin
Montage : Errol Yildiz / Fabien Antonietti
Montage Making of : Sylvain Coustes


 Xlr Project

– Production

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Avant-propos 

 

De l’ancien marché de gros de Lyon, délocalisé  en 2009 dans l’est lyonnais,  il reste quelques vestiges. Parmi eux, l’ancienne Halle Aux Fleurs, au volume généreux en béton armé percé d’ouvertures latérales… Aujourd’hui le bâtiment se dresse seul au milieu de rien, avec ses gradins pour géant et ses courants d’air, en attendant d’accueillir les sports et la danse.

 

 

 

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La précision du terrain vague

par Mehdi Krùger

 

 

Le terrain vague ne mérite pas son nom.

 

            Pour qui prend le temps d’observer, il y a une certaine forme de précision dans les formes saillantes, les murs éventrés. Le terrain vague n’est pas flou, il est indéterminé.

            La friche urbaine se brouille à nos regards puisqu’elle est une superposition d’espace-temps : tout y semble encore suspendu dans l’incertitude, à peine crayonné, s’y dessine déjà l’avenir sans que le passé ne soit encore totalement gommé. Les vestiges de structures, poutres apparentes, tiges de métal torsadé font du terrain vague un immense croquis inachevé.

            Éparpillés au coeur de la ville stabilisée, passée définitivement à l’encre, ces interstices de friche sont comme autant d’interludes d’un disque : des respirations hors tempo. Chantiers déjà anciens ou ruines en attente d’avenir, leur flottaison temporelle en fait de magnifiques écrins pour la danse, art absolu de l’instant présent. De l’architecte au chorégraphe, de l’éternel à l’immédiat, la feuille blanche des uns est le tapis de danse des autres.

 

Pourquoi la Halle aux Fleurs ?

 

            Peut-être parce que c’est là que la beauté se vendait aux enchères, là où les créations végétales les plus délicates se départageaient à la criée. Le marché de l’art appliqué à la nature.

            Pénétrer dans un vieux bâtiment désaffecté est comme ouvrir un coffre à trésor géant : à la fois visible de tous mais caché, accessible mais interdit, nous revoilà, grâce lui, des enfants pirates à la conquête d’un nouveau terrain de jeu.        Vidé de sa mémoire malgré quelques traces ici et là, il n’a qu’un seul désir : qu’on revienne lui offrir du sens, même juste une nuit. Sans doute est-ce parce que le lieu est lui-même amnésique qu’on y perd ses repères temporels, que le temps ne s’y écoule que goutte-à-goutte pour ensuite se déverser d’un trait jusqu’à l’aube. Coupés des battements des artères de la ville, nous y réentendons nos propres rythmes: moments privilégiés de respiration, de silence et d’intériorité.

 

            Le lieu, atypique, est déjà affirmé. Composé de travées et de bancs, strié de grandes baies verticales, il est différent des friches industrielles qui elles, en général, offrent de grands plateaux neutres.

            Œuvre clandestine pour bâtiment fantôme, la performance ne pouvait se jouer que la nuit puisque ici, l’acteur central en est la lumière : mappée, elle s’affranchit des supports et des surfaces. Ici, la lumière ordonne et donne l’ordre. Elle définit de nouveaux reliefs et impose à notre regard ce qui est digne d’être vu. Détachée des contraintes habituelles, elle ne se contente pas de remodeler les murs, elle est le sujet principal avec lequel le danseur doit composer, se nicher dans ses plis, en attraper les éclats comme il peut. Metteuse en scène, la lumière anéantit ceux qu’elle cache et dévore littéralement ceux qu’elle montre en les surexposant; même la lumière a ses zones d’ombres…

 

« L’homme est extraordinaire de lourdeur. Peut-être verrons-nous un jour la révolte de l’esprit contre le poids. »

 

            Pas le temps de s’appesantir : s’il veut survivre le danseur doit l’épouser, faire corps avec elle, se laisser guider par ses lignes. Car l’univers ici est carcéral, fait de grillages virtuels et d’ombres de barreaux. L’intérieur du bâtiment est devenu une cage en mouvement dans laquelle, justement, le danseur choisit de limiter au maximum ses gestes et ses déplacements. Prisonnier d’un décor qui n’arrête pas de tournoyer, son immobilité fait de lui un point d’ancrage, il a le rôle du diamant sur le vinyle, il est celui qui nous permet de lire l’image.

 

La lumière est le luxe suprême.

 

            N’existe réellement que ce que l’on peut voir, ce qu’elle nous laisse à voir

            À l’échelle d’une métropole occidentale, elle fait office de force centrifuge. À Lyon, ville des Lumières, la presqu’île est l’âtre à partir duquel se diffuse l’urbanité jusqu’aux confins les plus froids, jusqu’aux zones péri-féériques, exclues de la magie organisatrice du centre-ville. La nuit, sont éclairés essentiellement les lieux de pouvoir, les lieux de culte et les ponts, symboles physiques du passage entre la ville profane et la ville noble. Qui maîtrise la torche maîtrise la puissance, de la guerre du feu jusqu’à l’âge du néon-derthal.

            Tandis que dans la pénombre, le terrain vague est à l’abri des regards. En ombres chinoises ne se découpent que la caillasse, les herbes sauvages et les morceaux de tôles. Dans quelques mois, il aura été transformé en immeuble de bureaux, en centre commercial. Il aura acquis une forme et une fonction, pièce renouvelée dans le grand puzzle minéral. Mais à cette heure-ci, en pleine nuit loin des réverbères, alors qu’au loin le bourdonnement du périph remplace péniblement le son des vagues, il garde encore la silhouette d’une mer pétrifiée en pleine tempête.